« Sera-t-il assez crédible, seront-ils assez crédules? » Pour Robert Bourassa, la partie se corse. À la fin du Tricheur, le précédent volume de cette chronique de la politique québécoise du début des années 1990, Bourassa avait gagné son pari. Il avait repris le contrôle du Parti libéral; mis les souverainistes hors jeu; masqué sa propre conviction — fédéraliste à tout prix — dans un brouillard où la majorité des Québécois s'étaient perdus. Bref, il avait gagné du temps et de l'espace.
Ce n'est qu'un sursis. En promettant « une réforme en profondeur ou la souveraineté », il se condamne à livrer une marchandise qu'il ne peut, ou ne veut, produire. Il a un allié, un ami, dans la maison canadienne : Brian Mulroney. Et leur relation vieille de près de 20 ans va connaître ses plus violentes secousses. Le copinage entretenu entre le PLQ et le Bloc québécois naissant crée le premier ressac. Puis les manœuvres contradictoires de Bourassa font monter le vent. De la rive québécoise, le chef libéral multiplie les faux signaux qui attirent la barque canadienne sur de dangereux récifs. Alors qu'il pensait se tirer indemne du sinistre, Bourassa est victime de son propre jeu quand le capitaine Mulroney le force à sombrer avec le navire.
En plus de poursuivre, à un rythme d'enfer et sur le ton du roman d'espionnage, une des plus grandes enquêtes journalistiques jamais tentées au Québec, Jean-François Lisée pousse plus loin son exploration des tendances lourdes des sociétés québécoise et canadienne. Tendances qui prennent corps dans ces années charnières, façonnent notre présent et conditionnent notre avenir. Il diagnostique, au Canada anglais, le retour du complexe de supériorité face aux Québécois. Il suit à la trace, au Québec, le raffermissement de la volonté souverainiste. Lisée propose aussi une salutaire réflexion sur la responsabilité politique. Responsabilité du chef, d'abord, puis celle de ses complices, dont on découvre ici l'insondable servilité; responsabilité des citoyens et, enfin, responsabilité de la presse.
Le Naufrageur est donc un récit et un appel. Le récit d'une vaine tentative de sape de la volonté populaire québécoise. Un appel au rejet du cynisme, du mépris et du mensonge politique.
« Une autre superbe intrigue politico-policière de l'inspecteur Lisée. »
Don Macpherson, The Gazette, au sujet du Tricheur